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mercredi 08 septembre 2010 - 16:18
Météo Lyon :
    Tribune 3

13/07/2010

“Ne pas diaboliser Facebook”

Opposé au principe des apéros géants, le pédopsychiatre lyonnais Olivier Revol défend pourtant Facebook, le réseau social sur Internet qui est au cœur de violentes polémiques.

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“Je ne peux pas être favorable aux apéros géants organisés sur facebook. Car il y a un encouragement à boire et on a quand même eu un mort à Nantes. En tant que pédopsychiatre à l’hôpital neurologique, je suis régulièrement témoin des ravages de l’alcool chez les jeunes. D’ailleurs, il y a un mois, un étudiant lyonnais en pharmacie est mort à l’occasion d’un week-end d’intégration.
En réalité, les ados et les jeunes adultes ont toujours consommé de l’alcool pour faire la fête. Mais le phénomène du “binge drinking” est de plus en plus fréquent avec des jeunes qui consomment un maximum d’alcool fort en un minimum de temps, uniquement dans l’objectif de “se déchirer” et de tester leurs limites. Or on sait désormais que le cerveau n’a pas fini de se développer avant 23 ans chez les filles, 25 ans chez les garçons. Et justement la partie réservée à l’évaluation des risques et à la régulation des impulsions ! Ce n’est pas politiquement correct mais je serais donc favorable à une loi plus restrictive, avec une autorisation de consommer de l’alcool à partir de 21 ans seulement, comme aux Etats-Unis.
Par contre, concernant les apéros géants, je pense qu’on ne peut pas les interdire. Il faut plutôt mettre en garde, expliquer, encadrer... En plus, il y a un côté convivial et solidaire dans ces réunions dont les gens ont besoin aujourd’hui. Et paradoxalement, c’est Internet qui leur apporte ça. De plus, je pense qu’il ne faut pas diaboliser Facebook et rendre ce réseau social responsable de tout. Il y a certes des dérapages mais c’est aussi un incroyable outil. Moi, je suis fan et j’ai mon profil sur facebook. Comme 15 millions de Français d’ailleurs ! Alors que ce réseau a été créé en 2004 à Harvard. C’est donc un véritable phénomène de société qu’on ne peut pas négliger et encore moins contrer.
D’autant plus que ça permet à des jeunes isolés ou timides de trouver un espace de rencontre où ils sont plus à l’aise. Les ados doivent faire partie d’un groupe car c’est ce qui leur permet de prendre leur autonomie, donc de grandir. Et facebook peut justement aider certains ados à se livrer alors qu’ils sont d’habitude en retrait. En dévoilant leur personnalité, leurs goûts... Facebook permet d’ailleurs de se valoriser, de se glorifier donc de retrouver un peu d’estime de soi quand on rencontre des problèmes narcissiques. Sans pour autant tricher comme sur des forums où on est anonyme. Ensuite, Facebook dispose de différents canaux. On peut écrire sur son mur pour parler de soi, mais sans entrer en contact avec les autres. On peut chatter en direct avec ceux qui sont connectés. Ou envoyer des messages privés à des amis, des photos ou de la musique. Ce qui ouvre un large choix de mode de contacts.
Enfin, c’est franchement ludique et drôle. Il y a des jeux et surtout un humour Facebook qu’on retrouve à travers les groupes. Exemple : “Mais il est où Sam, il est rentré chez lui, il s’emmerdait trop !” Une référence au capitaine de soirée qui ne boit pas et qui est sensé ramener les autres... Ou encore “Je peux pas, j’ai poney”. Ce cynisme et cette autodérision montrent aussi que nos ados peuvent être très créatifs ! Et c’est fun ! Mes enfants me disent souvent que c’est un prolongement de la cour de récré. Mais géante. Tout le problème pour les parents, c’est justement de siffler la fin de cette récré. Car il faut forcément reprendre pied dans la vraie vie. Pour moi, il faut limiter le temps d’utilisation. Par exemple une demi-heure par jour, voire uniquement le week-end si l’ado a des difficultés d’apprentissage.
Et puis, l’ado ne doit pas avoir que cette activité sociale. Il ne faut pas non plus que cette “famille virtuelle” remplace la vraie. Voilà pourquoi il faut préserver des moments précieux d’échange comme les repas. Ensuite, il faut revenir sur la notion d’“amis”. Sur Facebook, c’est très valorisant d’en avoir 200 ou 300. Mais cela donne l’illusion que c’est facile de se faire des amis. Il suffit de demander avec un clic ! Alors que ce n’est évidemment pas comme ça dans la vraie vie. Donc là encore, il faut faire un travail pédagogique auprès des jeunes.
Enfin, il faut mettre en garde les ados sur les risques liés à l’exhibitionnisme. Car la provoc est dans l’air du temps. Mais il faut savoir garder un jardin secret. Or les ados ont tendance à utiliser Facebook comme un journal intime mais public... Parfois, ils ne savent même pas qui a réellement accès aux informations. Même chose pour les adultes qui exposent des informations très personnelles, réutilisées ensuite par les employeurs, le fisc... Il faut donc être attentif au choix de ses amis et bien maîtriser les différentes fonctionnalités qui permettent de choisir qui a accès à quoi. Et puis bien sûr, il faut inciter les enfants à ne pas colporter de fausses informations qui peuvent causer du tort.”

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