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samedi 13 mars 2010 - 15:46
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Judiciaire | Repérages : Michel Papet braque Lyon |

01/02/2010

Repérages : Michel Papet braque Lyon

Après le casse spectaculaire de Tony Musulin, Mag2 Lyon a demandé à une figure du grand banditisme, Michel Papet, de repérer les braquages faciles à réaliser à Lyon. Convoyeurs de fond, banques, bijouteries, musées...

“Tout ce qui a été conçu par l'homme comporte des faiblesses". C'est un expert qui parle. Michel Papet, aujourd'hui écrivain, affiche un sacré pedigree avec pas moins d'une quarantaine de braquages sans se faire "alpaguer". Et ce truand lyonnais, dont le frère a fait toute sa carrière dans la police judiciaire, est formel : "L'essentiel, c'est de bien repérer les meilleurs spots". C'est-à-dire les cibles les plus exposées, histoire de pointer les failles dans les systèmes de sécurité. Une démarche de professionnel que cet ancien comparse de Mesrine a accepté de réaliser avec Mag2 Lyon. "Ça me rappelle le bon temps!" avoue avec un petit sourire en coin Michel Papet en débarquant dans le centre-ville, suivi de près par un reporter de Mag2 Lyon. Pour un peu, il serait prêt à raccrocher. "L'adrénaline, c'est quelque chose, mieux que le fric, au fond" soupire cet expert en braquage. Pour un peu, on aurait envie de le fouiller, histoire de vérifier s'il n'a pas en poche un bon vieux "Magnum". Mais non, aujourd'hui à 68 ans, il est "rangé". Et puis, ce n'est pas un violent. "37 braquages sans un seul macchabée ni une condamnation". Il s'en vante. En n'insistant pas trop sur les millions qu'il a raflés au passage ! Un personnage, ce Papet. Et une sacrée balade. Rue Edouard Herriot, 10 h, un mardi matin. C'est une des rues les plus "bling-bling" de Lyon, au cœur du fameux “Triangle d'or”. Le quartier est encore sous le choc du braquage de la bijouterie Cartier, fin novembre, lorsque 4 hommes armés et cagoulés ont raflé 800 000 euros de bijoux. "Des guignols", tranche “Gambas", son "blaze" dans le milieu. Des guignols, parce que leur butin a été retrouvé quelques jours plus tard. "Le plus important dans un braquage, c'est de ne jamais lâcher l'oseille et de bien choisir ses associés". On passe bien sûr devant la bijouterie Cartier. Michel Papet observe attentivement la vitrine avec ses nouveaux bijoux. Un clin d'œil, le verdict tombe, il y en a pour pas moins d'un million. Mais un vigile rôde. "Un coup facile car ils ne s'attendent pas à un deuxième braquage" estime l'expert en ajoutant que ce quartier, c'est "l'Eldorado" car "il y a du monde donc les flics n'osent pas tirer". En plus, pour lui, les bijouteries, c'est la cible idéale car "dans les banques, il n'y a plus de fric et la sécurité est maximum".


Pour un bon repérage d'une bijouterie sur le terrain, il faut compter entre une et trois semaines, précise Papet en énumérant quelques principes de base : connaître les habitudes des employés, les jours et les heures de tournée des "tirelires", les convoyeurs de fonds surnommés ainsi, mais aussi les heures de fermeture, la mise en place de la vitrine...Et surtout : “Il faut évaluer le temps que peuvent mettre les flics pour arriver sur place en sachant qu'on n'est jamais à l'abri d'une patrouille.”
"Dans les bijouteries, il n'y a pas simplement des bijoux à rafler mais aussi beaucoup de liquide". Pour la rue Edouard Herriot, compter entre 3 et 6 minutes pour que les "condés" du 2ème arrondissement débarquent de leur commissariat situé rue de la Charité. “Un bon braquage ne doit pas dépasser les deux minutes” explique Papet qui monte un plan assez rapidement avec une équipe de quatre hommes armés et cagoulés, à bord de deux motos. Dans le secteur, il dresse son hit-parade de cibles : Cartier bien sûr, mais aussi la boutique Rolex et la bijouterie Maier. Valeur estimée des vitrines : 300 000 euros pour Rolex et 280 000 euros pour Maier. "A l'intérieur, il y en a pour deux à trois fois plus" ajoute Papet après une petite inspection discrète dans ces deux bijouteries situées, comme Cartier, rue Edouard Herriot. Autre cible de Michel Papet : Augis, au 32 rue de la République. Au cours du repérage, il note qu’entre 10 h et 11 h, un employé met en place la vitrine de la bijouterie qui ouvre à 10h30. Une vitrine à plus de 250 000 euros. “Quand ils font la mise en place de la vitrine, il y a de grandes chances pour que les coffres soient ouverts et c'est donc le meilleur moment pour braquer l'établissement, sans violence. Mais je le jouerais en douceur avec, par exemple, un couple bien habillé qui se fait passer pour des clients. Mais il faut aussi se méfier du blocage des portes et du déclenchement de l'alarme”. Papet le braqueur évalue même le risque : "15 ans de prison avec un mauvais baveux" mais il cite le nom de quelques avocats lyonnais "particulièrement nuls". Du coup pour lui, ça ne vaut pas le coup de “monter sur un braquage d'une bijouterie à moins d'un million d'euros de marchandises". Car pour les bijoux, à la revente, il faut "diviser le pactole par cinq", les bijoux sont démontés, retaillés... Et puis les receleurs qui trempent dans ce "business" se connaissent tous entre eux et "ça peut très vite se savoir". Du coup, la priorité, c'est "l'assurance", c'est-à-dire organiser, avant, l'écoulement rapide de la marchandise et se faire payer en cash le plus vite possible.

Rideau pour les bijouteries du Triangle d'Or, Michel Papet part à l'assaut du "sérieux", les banques. Et il ne cache pas sa nostalgie des années 70 et des hold-up à l'ancienne, façon Jacques Mesrine, son "vieux pote". “A l'époque, on pouvait monter sur une banque sans prévoir notre coup, sans repérages, sur un coup de tête. Mais il y avait de l'argent dans les banques, pas comme aujourd'hui”. En tout à cas, 20 ans après, il n'a toujours pas d'état d'âme : "Les vrais ripous, c'est les banquiers. Y a qu'à voir toutes leurs magouilles, Madoff, Kerviel et compagnie..." Mais cet expert est formel : aujourd'hui, les banques lyonnaises sont devenues "des petites forteresses sans fric". Tout, sauf un bon plan. "Trop de risques pour pas grand chose”. On se lance tout de même pour un rapide repérage en haut de la rue de République, près de l'Hôtel de ville : Lyonnaise de Banque, BNP, Société Générale... Et l'incontournable Banque de France, face à la Chambre de commerce. Le meilleur jour pour “taper” une banque, c'est le mardi matin, estime Papet. "Car les fourgons qui tournent sont remplis des recettes du week-end, réalisées par les commerçants". Ça tombe bien. On est mardi. D'ailleurs, on observe tranquillement les va-et-vient des fourgons autour de la banque de France. Le tout commenté en direct par Papet qui repère les employés de la banque en civil qui font le guet.  “Le mieux, c'est d'avoir une taupe dans une banque ou chez un convoyeur de fonds qui vous donne les bonnes infos et que vous rémunérez après le braquage. Vu leur salaire, c'est pas difficile.”
Avec Papet, on prend en filature un fourgon pour bien "cadrer" sa tournée, décider du moment pour attaquer quand il est "plein" et vulnérable. Incroyable ! Mais là encore, les risques sont considérables car les “tirelires” sont en alerte permanente, même si leurs GPS ont parfois des problèmes. Ce qui exige "une grosse logistique". C’est-à-dire une vraie organisation, un armement "convaincant", des voitures puissantes...“Aujourd'hui, il faut un entraînement de type militaire pour braquer un fourgon” affirme Papet. Car les convoyeurs de fonds sont toujours trois, armés, et entraînés mais surtout ils sont reliés au siège de leur entreprise donc à la police. “Mais c'est lorsqu'ils chargent ou déchargent le pognon qu'un commando de braqueurs peut agir car la porte est ouverte. Mais il faut être rapide pour décharger les sacs de pognon" ajoute l'ex-braqueur en estimant qu'il y a pour 6 millions d'euros en moyenne dans chaque tirelire. "Mais le plus dur, c'est de disparaître avec le butin bien sûr, car ça ne sert à rien d'être millionnaire si tu peux pas en profiter”, s'amuse Papet.

On s'écarte du centre-ville, pour réaliser un repérage au Crédit Mutuel de Caluire. "Plus tranquille" estime Papet : «Le commissariat le plus proche est à 5 km de la banque et c'est celui de la police municipale, pas vraiment des cadors." Après une bonne demi-heure d'observation, cette figure du milieu lyonnais lâche son plan : une voiture-relais sur le parking de la banque et une voiture devant, une équipe de quatre ou cinq hommes armés dans la banque. "Vu la position de cette agence, la fuite est assez facile car on a le choix entre la montée des soldats ou la montée Castellane qui mènent soit à Rillieux-la-Pape soit à Castellane soit vers le boulevard périphérique et l'autoroute... Papet décroche pour s'intéresser aux musées lyonnais. Ça le branche pas vraiment. "C'est pas mon métier" explique ce braqueur de banques et de bijouteries, à la retraite. On va quand même faire un tour au Musée des Beaux-arts, place des Terreaux où sont exposés des Picasso, Buffet, Matisse... "Il y en a pour du pognon", reconnaît Papet, en ajoutant aussitôt mais c'est "impossible à refourguer". En revanche, il estime que le musée est facile à "casser". On hésite à se laisser enfermer à l'intérieur au moment de la fermeture à 18 h. "Pour rigoler". Puis on renonce. Michel Papet a vraiment pris sa retraite. Mais ce n'est que partie remise (lire encadré). Une sacrée balade en tout cas. "Y a quand même de quoi s'amuser à Lyon" conclut l'expert avec nostalgie.

Joan Tilouine

Article paru dans Mag2 Lyon de janvier 2010 disponible sur commande ou au format numérique sur Relay.com

Commentaire

lecteur

ah c'est bon ça, on s'y croirait.
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