Les jurés de la cour d’Assises de Lyon ont retenu des peines inférieures aux réquisitions du parquet pour ce gang de braqueurs atypiques qui avaient trouvé une technique pour voler les valises sécurisées équipées de système tachant les billets quand elles sont forcées. Un procès exceptionnel qui a duré deux semaines. Le verdict est tombé vendredi dernier après plus de 10h de délibéré.
Le cerveau du gang, Laurent Cocogne, s’est suicidé au moment de l’interpellation par les gendarmes lors un braquage raté à la Verpillère dans l’Isère. Du coup, c’est son principal complice, Serge Quemin qui risquait le plus gros. Dans la bande depuis plusieurs années, il avait mis au point la pince spéciale permettant d’ouvrir ces valises et il avait aussi travaillé sur le procédé de nettoyage des billets tachés. Et surtout, il était accusé d’avoir voulu tuer les gendarmes lors de la course-poursuite qui a duré sept kilomètres avant son arrestation. Mais Quemin affirmait avoir visé uniquement les voitures. Ses explications n’ont pas convaincu les deux procureurs généraux qui ont d’ailleurs requis 22 ans de prison. Mais les neuf jurés l’ont finalement acquitté de la tentative d’homicide en requalifiant cette poursuite pour violence volontaire, notamment parce que les experts ont précisé que les gendarmes avaient tiré à une quarantaine de reprises contre trois pour les braqueurs. Du coup, Quemin a pris 16 ans de prison.
Quant à l’ancien militaire, Hervé Carlier, le sous-officier qui avait été également membre du service d’ordre de Bokassa, il a pris 12 ans au lieu de 14 ans requis. Alors que David Gelée, l’autre ancien militaire, a écopé de 11 ans. Son frère, amiral dans l’aéronaval, était même venu témoigner pour souligner “sa droiture”. Les deux sonnettes, c’est-à-dire les guetteurs, Philippe Gascon, l’ami d’enfance de Cocogne avec qui il a été élevé, et Philippe Carlier, le fils d’Hervé Carlier, ont pris 5 ans alors que la compagne de Laurent Cocogne, Fatima Ounes, qui était poursuivie pour avoir bénéficié du train de vie permis par ces braquages, a été acquittée.
Seul Jean-Pierre Boris, dit “Boris le Russe”, a pris une peine lourde vu son dossier. En effet, il a déjà été condamné en correctionnelle à 13 ans de prison pour des braquages réalisés en marge de ce gang et il a pris encore huit ans dans cette affaire où il apparaissait essentiellement comme receleur de l’argent volé. Des peines qui risquent de se cumuler. Une sévérité qui s’explique sans doute par son casier judiciaire chargé puisqu’il a déjà passé 21 ans de sa vie en prison pour différentes affaires de braquages.
Comment expliquer cette relative clémence de la cour d’Assises de Lyon ? “Je crois que les prévenus ont paru sympathiques”, estime Me Frédéric Lalliard, avocat dans ce dossier qui souligne que ce “procès s’est très bien déroulé, sans aucun incident.” Ce qui semble avoir aussi compté, c’est que plusieurs membres de ce gang ont dérapé dans la violence pour des problèmes d’argent ou suite à des drames personnels mais qu’ils n’avaient pas le profil de braqueurs chevronnés malgré l’astuce du dispositif mis en place. Le parquet a dix jours pour faire appel de ces condamnations. Ce qui n’est pas exclu vu l’écart entre les peines requises et les condamnations. Un second procès aura alors lieu devant une autre cour d’assises de la région, Saint-Etienne ou Bourg-en-Bresse.


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